Volume 12
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€20.00

Edito

Il est des thématiques qui s’imposent d’elles-mêmes. Depuis que la Covid-19 s’est invitée parmi nous, difficile de passer une journée sans penser au « monde d’après ». Expression consacrée qui entraîne dans son sillage une question existentielle : au monde d’après quoi ? Le deuxième confinement vient de clore le débat, cette pandémie n’était pas une parenthèse. Il va falloir apprendre à vivre avec jusqu’à ce que le temps et la science règlent l’addition. Apprendre à nous détacher du après, donc, pour considérer le maintenant.

Et maintenant, que fait-on ? Le temps est peut-être venu de regarder cette crise comme une opportunité, une brèchedans laquelle passer la main. En brisant un continuum, elle nous a réveillés, nous obligeant à nous remettre en mouvement les yeux rivés vers un horizon nouveau. Ainsi dit-on, dans la culture britannique « Every cloud has a silver lining » ou « À quelque chose malheur est bon », de notre côté de la Manche. Dernièrement, l’autrice et chercheuse Sandrine Roudaut affirmait que nous traversions la période idéale pour « bâtir le bateau de demain et faire des trous dans la coque de celui d’aujourd’hui ».

Dans ce douzième volume papier, nous avons ainsi fait le choix de la (re)construction. Sur les traces du Whole Earth Catalog, une publication indépendante des années 1970 qui a favorisé l’émancipation de millions d’individus en leur ouvrant l’accès aux outils (page → 131), nous avons souhaité rester pragmatiques dans les moyens. Convaincus que la solution aux plus grands défis de notre temps se trouve entre nos mains, au sens propre du terme. Nos dix doigts et leurs milliers de terminaisons nerveuses comme point de départ d’un monde plus raisonné.

Face au « solutionnisme technologique », qui consiste à régler chaque problème humain par les technologies numériques, nous avons exploré les Lo-TEK, ces savoir-faire millénaires et artisanaux davantage adaptés aux écosystèmes locaux (page → 64). En Californie, nous avons appris avec l’inventeur du surf moderne Bob Simmons que de la contrainte peuvent naître de petites révolutions (page → 212). Et à l’autre bout du monde, sur l’île d’Hokkaidō, que fabriquer son véhicule en préparation d’un périple peut s’avérer aussi gratifiant que le voyage lui-même (page → 192). En filigrane de chacun de ces récits, l’envie de se retrousser les manches. De questionner, d’innover, de bricoler, de retaper, de bâtir…

Il se pourrait même que ce retour au “faire” renferme l’une des clés du bonheur. Les makers croisés en chemin, à l’image de la designer Nicole McLaughlin et ses expérimentations textiles (page → 39) ou de Kai Lin et Craig DeMartino, alliés dans la mise au point d’une prothèse pour l’escalade (page → 241) semblent tous animés par une quête commune : revendiquer leur droit à l’amusement, se reconnecter à leur corps et renouer avec la simplicité... Des valeurs que nous souhaitions partager en créant un volume laissant apparaître ses dessous de fabrication et empreint des paroles de l’artiste américain Adam Savage : « Les humains ont deux caractéristiques qui les différencient des autres animaux. Ils utilisent des outils et racontent des histoires. Et lorsqu’ils fabriquent quelque chose, ils font les deux à la fois. »